Piment & Hydroponie #6 : Capsicum chinense Jellybean

J’ai enfin testé mon premier piment qui n’est pas de l’espèce Capsicum Annuum ! Au programme d’aujourd’hui, j’ai goûté le Jellybean (aussi appellé Yellow Fire ou Yellow Jellybean) dont le numéro ARS/GRIN est PI 260501.

Jellybean fait partie de l’espèce Capiscum Chinense comme le piment Habanero. C’est une plante ornementale qui donne plein de petits piments jaunes, jaunes pâles, ressemblant à des bonbons Jellybean, d’où son nom.

jellybean-yellow-fire-chilli-pepper-piment

Ça donne envie de croquer dedans comme un bonbon, mais il ne faut pas se laisser avoir par sa taille, car ce piment fait environ 40000 unités Scoville. Pour comparaison le Jalapeno fait entre 3500 et 8000 unités Scoville et le Habanero fait entre 200000 et 350000 unités Soville.

La paroi est un peu épaisse et juteuse. Niveau goût, ce piment a un arôme citronné sans être acide-piquant, c’est une attaque citrique plutôt ronde. Je trouve ça bien plus agréable que l’attaque citronné et l’arôme du Jalapeno. Ceci dit cet arôme n’est pas très prononcé et elle est vite éclipsée par la chaleur et puissance du piment, que je considère comme Hot -, car ça reste gérable même si ça pique à fond (je précise que j’ai goûté que la moitié du piment). C’est le plus fort des piments que j’ai testé pour le moment, mais bientôt arrivera un habanero.

Comme la plante est vraiment petite et compacte (dans la photo ci-dessous, il y a 2 plantes), je pense garder cette plante comme bonchi ( = chilli bonzai). Ceci dit, elle a subit les ravages d’une peste dont les feuilles sont infectées et abîmées, j’attends donc de voir comme ça va évoluer.

jellybean-yellow-fire-chilli-pepper-piment-2

Piment & Hydroponie #5 : Capsicum annuum (Hot) Super Chilli F1

Encore un Capsicum Annuum au programme, mais ce sont les plus facile à trouver en supermarché et donc les premiers que j’ai fait pousser, en Finlande comme en Angleterre. Aujourd’hui c’est le (Hot) Super Chilli F1.

hot super chilli f1 johnson

Comme j’ai déjà pu le dire ici ou sur la page Facebook du blog, j’ai un cas de peste qui s’est répandu dans mes plants de piments. Le Super Chilli F1 résiste bien et la plante produit plein de fleurs et de fruits.

Malheureusement, je n’aime pas du tout ce piment. En bouche, il n’est pas très fruité et très vite la chaleur tape. Le temps d’essayer de distinguer un quelconque arome, me voilà la bouche en feu (médium +, comme le piment Heatwave) pendant quelques minutes puis ça disparait aussi vite que c’est venu (contrairement au Heatwave). Voilà. Rien d’intéressant à mon goût. Pas vraiment d’arôme sympa et fruité, un punch hot mais qui se dissipe assez vite et le tour est fini.

Comme c’est une plante F1, et que je n’aime pas du tout ce piment, je ne vais vraiment pas m’embêter à garder les graines, les faire pousser, les sélectionner, etc. Je vais me débarrasser de la plante une fois que j’aurais récolté les autres piments. Je les utiliserais dans un plat indien histoire d’ajouter du hotness, mais pas du tout pour ajouter un gout fruité ou une saveur sucrée.

Piment & Hydroponie #4 : Capsicum annuum Jalapeno

Suite à mon déménagement, j’ai recommencé la culture de piment en hydroponie (méthode Kratky). J’utilise Chilli Focus pour les nutriments et des pots de crème/yaourt comme récipient pour l’eau.

Problème important, mes plantes sont malades. Un virus ou une bactérie a infecté une des plantes et l’infection s’est propagée. Je suppute avoir contaminé le pot de nutriment par la même occasion. Malheureusement, plusieurs plantes sont mortes, d’autres tiennent encore le coup, à voir comment elles vont évoluer. J’ai commencé à faire germer d’autres graines de piment, et cette fois ci, je vais utiliser des nouveaux pots et surtout une nouvelle bouteille de nutriment (Je reprends du Hydro grow d’Ionic, comme c’était le cas sur Helsinki). Cette fois, j’espère que ça ira, car c’est la première fois que je rencontre ce problème de peste, qui s’est répandu sur toutes les plantes (normal, elles sont toutes les unes à coté des autres).

Parmi les plantes malades, j’ai eu un plant de Jalapeño dont j’ai pu récupérer deux fruits murs et surement un autre d’ici début de semaine prochaine. Les racines sont infectées par des espèces du genre Pythium, mais la plante survie encore. Comme je n’aime pas spécialement les Jalapeno, je ne vais pas m’embêter à essayer de sauver la plante. Une fois tous les fruits récoltés, si possible mûrs, je me débarrasse de la plante et je ne ferais plus pousser de Jalapeno.

jalapeno chili hydroponic

J’ai testé cette récolte de Jalapeno et je dois avouer que les arômes et goûts ne m’enchantent guère. L’arôme fruité est de type citrus et je n’aime pas spécialement ça. J’aime bien l’arôme et goût acide d’un citron, mais dans le cas de piment, ça ne passe pas. Donc l’arôme fruité du Jalapeno a une attaque vive par son côté citrus et c’est tout, vient ensuite la brûlure de la capsaïcine que je trouve médium -. Je classe la chaleur des piments par mild, medium, hot, extreme, ainsi que l’ajout de + et -. Par comparaison, je trouve l’arôme fruité du Heatweave plus complexe, plus riche et plus rond donc plus agréable en bouche.

En conclusion, je ne vais pas faire pousser d’autre plante de Jalapeno, car je n’aime pas ça. C’est peut être idéal en chipotle pour des sauces, mais je n’ai pas prévu d’en faire. Je vais tout de même utiliser les Jalapeno que j’ai récoltés dans un poulet curry, histoire de ne pas les jeter.

Piment & Hydroponie #3 : Capsicum annuum Heatwave

En faisant l’article sur le Capsicum annuum Ciliegia Picante, je me suis rendue compte que j’avais oublié de vous parler du Capsicum annuum Heatwave (graines de la marque Hortus Luxus) que j’aime énormément.

Je l’ai récolté en décembre 2015 sur une plante grandissant dans un système hydroponique Ebb-flow (aussi appelé table à marée) et sous lampes de croissance à LEDs rouges et bleues.

capsicuum annuum heatwave 12-2015 hortus luxus

On est début février 2016 et cette plante est encore en train de fleurir, bien que ce soit l’hiver sur Helsinki (Finlande) et que l’on a eu des jours en dessous de -20°C. D’ailleurs, j’ai vu 3 piments prêts à être récoltés que je vais utiliser dans un bibimbap (c’est un plat coréen à base de viande (bœuf ou poulet) et de légumes sur un lit de riz avec un œuf posé sur le dessus) ce dimanche.

J’adore ce piment car la première chose que l’on ressent lorsque l’on mord dedans est l’arôme fruité. C’est bon, c’est fruité, c’est sucré, un vrai plaisir et régale en bouche. Puis vient le piment  qui vous « punch in the face » avec sa capsaïcine. Je dirais medium +, j’ai du boire pas mal de lait! Un coup de poing de brûlure et de piquant sur un lit de douceur fruité. Ce piment est un oxymore.

Je l’ai déjà utilisé en cuisine avec des plats indiens à base de poulet aux garam masala supplémenté par d’autres épices et c’est une tuerie. Pour le moment, c’est le meilleur piment que j’ai pu manger, mais en même temps je suis ultra noob. Ceci dit, je ne suis pas la seule à apprécier ce piment (du moins, celui que je cultive en hydroponie).

Enfin, ce piment est le second à enter dans mon bestiaires à piment et j’en récolte les graines pour les semer à nouveau. J’aime vraiment ce piment et je continuerai à le cultiver en hydroponie.

Piment & Hydroponie #2 : Capsicum annuum Ciliegia Picante (alias Satan’s Kiss)

J’ai mis 4 graines de variétés de piments différentes de la marque Hortus Luxus à germiner puis à cultiver en hydroponie. J’ai déjà récolté les fruits du Capsicum annuum Cayennetta F1 et Capsicum annuum Heatwave.

Avant-hier, le piment Capsicum annuum Ciliegia Picante (a.k.a Satan’s Kiss) était enfin prêt à être récolté (hydroponie Ebb-Flow) dont voici la photo.

Chili seed Ciliegia Picante a.k.a Satan's Kiss Hortus Luxus hydroponic indoor

Le piment ressemble à une boule passant du vert au rouge une fois mûr. Il n’est pas si piquant que ça. Je dirais un mild +. J’ai senti la sensation de chaleur, mais elle n’était pas très forte, ni vraiment dérangeante (je n’ai pas eu besoin de boire du lait ou autres produits laitiers). Concernant les arômes, c’est un peu fruité, plus que le Cayennetta F1 mais moins que le Heatwave. Ceci dit, l’arôme fruité est différent de celui du Heatwave, donc je suppose qu’ils peuvent s’utiliser de manière différente, mais je suis bien trop noob pour savoir comment utiliser chacun d’entre eux aux mieux. Je préféré utiliser le heatwave fraîchement récolté lorsque je cuisine un plat indien.

Chili seed Ciliegia Picante a.k.a Satan's Kiss Hortus Luxus hydroponic indoor

D’ailleurs, j’ai une très grande préférence pour le Capsicum annuum Heatwave que j’adore. Vient ensuite ce piment Ciliegia Picante et enfin le Cayennetta F1. Ceci dit, je ne pense pas spécialement refaire pousser du Ciliegia Picante (alias Satan’s Kiss) sauf si je trouve comment l’utiliser aux mieux. Quoi qu’il en soit, j’ai conservé ses graines.

La 4ème variété en cours de floraison est Capsicum annuum Meek & Mild. Pour des raisons personnelles, je ne pense pas pouvoir être là, lorsque les piments seront prêts à être récoltés. D’ailleurs, je pense que le bestiaire à piment continuera plus tard dans l’année.

Piment & Hydroponie #1 : Première récolte

Je me suis mise à l’hydroponie dans le but de faire pousser du piment. Depuis le début, j’ai eu plusieurs bourdent comme l’oublie d’ajouter de l’eau dans mon système hydroponique avec pompe à air ou alors le timer a bugé à plusieurs reprises (depuis, je l’ai changé) empêchant la pompe à eau du système Ebb-Flow de fonctionner. Ainsi j’ai perdu deux plants de piment, les trois autres ont tout de même survécu dont celui-ci qui est sur mon système hydro avec bulleur :

Faire pousser du piment en appartement

La totalité de la plante n’entre pas dans la photo. Il y a un peu plus de fruit et quelques fleurs. En bas à droite, on peut voir une branche de mon basilic qu’il faudrait que je taille à l’occasion car il est vraiment grand. D’ailleurs, j’ai deux grands plants de basilic dans ce même bac.

Aussi, j’avais oublié de remettre le tag comportant la date et la variété de la plante lors du transfert de cette plante dans ce bac. C’est soit un Capsicum annuum Heat-wave, soit un Capsicum annuum Cayannetta Hybride F1. Si vous savez l’identifier, n’hésitez pas à me le dire dans les commentaires. Je suppute un Cayannetta.

Les fruits ont mis pas mal de temps avant de mûrir et de devenir rouge. Ça a pris plusieurs mois. Je ne sais pas si c’est spécifique à cette variété ou si c’est à cause des conditions de croissance. Sachant que c’est l’hiver en Finlande et qu’il y a très peu de luminosité (on doit avoir 4-5h max et encore, il pleut très souvent donc le ciel est couvert). Mes lampes LED fonctionnent mais pas de manière optimale (comparé aux nombres de lumen et longueur d’onde que le soleil peut apporter). Quoi qu’il en soit, j’ai été contente et surprise de voir, il y a quelque semaine, le premier piment devenir rouge et de voir les autres suivre depuis.

Voici le premier piment récolté. Je l’ai goûté et il n’est pas du tout fort. En fait, c’est légèrement perceptible. Edit : Je viens de faire une seconde récolte et les piments sont hot, pas extrême mais j’en ai la langue qui brûle gentiment.

Faire pousser des piments en appartement grâce à l'hydroponie

Je ne vais pas tarder à récolter les autres piments mûrs. D’ailleurs, sur la première photo, on voit encore des piments verts et d’autres mi-vert mi-rouge et re mi-vert derrière (oui c’est une référence transformée d’une réplique de Grüdü dans Kaamelott). Je vais pouvoir me concocter de mon plat indien au poulet assaisonné de piments et divers épices.

Edit : Je viens de faire une petite récolte pour un mijoté de boeuf. Les piments sont fruités et gentiment hot.

récolte de piment en hydroponie indoor

Top 10 des piments les plus forts au monde !

Je ne pouvais pas vous parler de force d’un piment et d’échelle de Scoville sans vous faire un top 10 des piments les plus forts.

Dans ce top 10 des piments forts, on retrouve ceux homologués par le Guinness des records depuis 1994. C’est d’ailleurs assez drôle de voir l’énorme différence d’unité Scoville entre le détenteur du records de 1994 à 2006 (Red Savina) et celui qui prend le relai en 2007 (Bhut Jolokia). On passe de 248 556 SHU à environ 1 million de SHU. Le piment le plus fort au monde est le Carolina Reaper avec une moyenne de 1 569 300 sur l’échelle de Scoville et pouvant aller jusqu’à 2 200 000 SHU. SHU = scoville heat unit = unité de Scoville.

Dans la liste, il y a 6 chilis qui ont été considérés comme le plus fort au monde pendant une période donnée par le Guinness des records. Les 4 autres ont aussi été mesurés par des laboratoires indépendants et j’ai ajouté la source de l’information pour ceux qui souhaiteraient se renseigner sur le sujet.

Je n’ai volontairement pas séparé le Chocolat 7-pot « Douglah » et le 7-pot, ni le Trinidad Scorpion Butch T et le Trinidad Moruga Scorpion afin d’éviter de faire un top 12.

Enfin, lorsqu’il y a deux chiffres (par exemple 1 169 058 – 1 853 936 unités Scoville), au moins sur les 3 premiers piments de la liste, le premier chiffre correspond à la moyenne mesurée et le second au maximum mesuré. Il se peut que vous trouviez des chiffres différents, mais globalement dans les mêmes grandeurs. Cela dépend de plusieurs paramètres : provenance des graines, l’année de mesure (mesures faites à différentes années), par quel/combien de laboratoire, moyenne intra ou inter labo, etc. D’autant plus que pour une même variété, il est possible de passer du simple au quadruple (exemple pour le Moruga Scorpion, un test en laboratoire de 2011/2012 montre 580 98<SHU<2 009 231 avec une moyenne de 1 207 764). Donc il est probable que vous trouviez des chiffres différents sur d’autres sites, mais au moins j’ai mentionné les sources de ceux que j’utilise dans le tableau.

  1. Carolina Reaper = 1 569 300 – 2 200 000 unités Scoville – Guinness des records 2013
  2. Trinidad Scorpion Butch T = 1 463 700 unités Scoville – Guinness des records 2012 / Trinidad Moruga Scorpion = 1 207 764 – 2 009 231 unités Scoville (source)
  3. Chocolat 7-pot « Douglah » = 1 169 058 – 1 853 936 unités Scoville / 7-pot = 1 066 882 – 1 291 800 unités Scoville (source)
  4. Naga viper = 1 382 118 unités Scoville – Guinness des records 2011
  5. New Mexico Scorpion = 1 191 595 unités Scoville (source)
  6. Spanish Naga « Gibralta » = 1 086 844 unités Scoville (source)
  7. Infinity = 1 067 286 unités Scoville – Guinness des records 2011
  8. Bhut Jolokia (alias ghost pepper) = 1 041 427 unités Scoville – Guinness des records 2007
  9. Dorset Naga (alias Naga Morich) = 661 451 – 1 032 310 unités Scoville (source)
  10. Red Savina = 248 556 unités Scoville – Guinness des records 1994

Il est probable que d’autres variétés récemment créées (par des vendeurs ou hobbyistes) soient bien plus fortes que celles-là, mais comme les tests et l’homologation coûtent chers à faire, elles n’ont pas été mesurées.

Pourquoi le piment brûle-t-il ? Capsaïcine, nociception et système nerveux autonome!

Pourquoi le piment brûle ou pique-t-il ? Pourquoi le piment fait transpirer ? Pour manger du piment fort fait mal ? Tant de questions que l’on s’est tous posées et voici leurs réponses.

Pour comprendre pourquoi manger du piment induit une douleur, il faut rappeler quelques notions basiques de physiologie. Parmi les neuf  sens que nous avons, il y a la nociception, qui est liée à la douleur. L’activation du système sensoriel nociceptif par un stimulus nocif (thermique = température extrême chaude/froide, mécanique = broiement, coupure, etc. et chimique = molécule inflammatoire, etc.) va envoyer l’information d’un danger nocif au cerveau qui, lui, va l’interpréter et le percevoir comme douloureux.

Cette activation du système nociceptif s’effectue par l’activation de récepteurs spécialisés dans la détection de stimulus nocifs, ils sont appelés nocicepteurs. Ces nocicepteurs se trouvent sur des terminaisons nerveuses situées dans la peau, les muscles et certaines parties des viscères/organes internes. Enfin, il existe différents sous-types de nocicepteurs.

C’est là que cela devient intéressant dans notre cas. Le récepteur TRPV1 est activé par de très forte température (environ >40°), un pH acide ou basique et la capsaïcine. Les capsaïcinoïdes présents dans les piments activent le même nocicepteur que les températures extrêmes chaudes.

Donc lorsque l’on mange du piment, la capsaïcine va se fixer sur les nocicepteurs TRPV1 situés dans la bouche et la langue, ce qui va activer le système nociceptif en envoyant un signal d’alarme au cerveau que nous allons percevoir comme une brûlure douloureuse. S’il reste de la capsaïcine à la fin du processus de digestion, il se peut que cela brûle l’anus et le colon.

Maintenant que l’on sait pourquoi le piment nous brûle. Voyons pourquoi, il nous fait suer, avoir le hoquet pour certain, pleurer, saliver etc…

La douleur est un système complexe qui fait intervenir plusieurs aspects. Nous venons de voir l’aspect sensorielle (= nociception) et discriminatif (= où et à quel intensité). Mais, il y en a d’autres dont le système autonome. Le système nerveux autonome, comme son nom l’indique, n’est pas contrôlé par notre volonté. Il va s’adapter et réagir de lui-même en fonction de la situation rencontrée. Dans le cas de la douleur, le système autonome va moduler l’activité de différents organes et glandes dont, entre autres, la fréquence cardiaque, l’activité des glandes lacrymales et salivaires, l’activité de l’estomac et des artères et vaisseaux sanguins. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’on mange un piment fort, on a chaud, on se met à saliver, à avoir le nez qui coule, etc. Dans les cas extrêmes, cela peut aller jusqu’à l’étourdissement voir la perte de conscience.

Enfin, n’hésitez pas à lire les deux premiers articles sur le thème du piment : sa classification botanique et l’estimation de la force du piment (unité Scoville et ASTA).

Force d’un piment, échelle de Scoville et ASTA pungency units

Dans l’article piment, capsicum et sa classification, j’avais précisé que l’effet piquant / chaleur / douleur d’un piment est dû à la présence de capsaïcinoïdes, dont le plus connus et majoritairement présent dans le piment est la capsaïcine. Leurs concentrations diffèrent d’une variété de piment à une autre, et même d’un piment à un autre, ce qui va affecter leur force ou puissance. Il existe deux tests pour déterminer la force d’un piment : L’échelle de Scoville et l’ASTA pungency units (ASTA = American Spice Trade Association).

L’échelle de Scoville, aussi appelée test organoleptique Scoville, a été inventée en 1912 par le pharmacien Wilbut Scoville. Le déroulement du test se produit de la manière suivant : Les capsaïcinoides sont extraites du piment et mises dans une solution d’alcool. Cette solution est donnée un panel de 5 personnes entrainées, qui la goutent et déterminent si c’est « hot » / « piquant ». La solution est ainsi diluée progressivement, jusqu’à ce que 3 des 5 personnes annoncent qu’elles ne perçoivent plus de chaleur / piquant. Le nombre de dilution détermine l’unité Scoville du piment (en anglais Scoville units ou SHU).

Le problème avec ce test est qu’il n’est pas très reproductible et se  base uniquement sur la perception de l’effet de chaleur qui est subjective. Dès lors, l’ASTA a abandonné la vieille méthode de Scoville pour utiliser la technique d’analyse chimique HPLC (high-performance liquid chromatography). Elle a ainsi créé l’unité ASTA pungency units. La méthode consiste à mesurer séparément chacun des capsaïcinoïdes (capsaïcine, dihydrocapsaïcine, nordihydrocapsaïcine, homodihydrocapsaïcine, homocapsaïcine) auxquelles un facteur de puissance est appliqué. C’est donc une méthode bien plus reproductible et basée sur la quantité des capsaïcinoïdes dans le piment.

Il existe tout de fois un point de controverse. Lorsque que cette méthode a été publié, il était noté que l’on pouvait convertir l’ASTA pungency unit en unité Scoville, en multipliant par 15 l’ASTA pungency unit (1 ASTA pungency unit = 15 unité Scoville). Cependant, les industriels qui utilisent cette méthode d’HPLC estiment que la conversion avec ce facteur 15 donne un résultat de 20 à 40% inférieur aux résultats obtenus par le test organoleptique Scoville.

Internet regorge de tableau de l’échelle de Scoville regroupant une multitude de variétés de piments associées à leur unité Scoville. Voici quelques exemples de variétés connues :

  • le poivron a une unité Scoville de 0
  • le piment d’Espelette est à 1500 – 2500 unités Scoville
  • le tabasco est à 7000 – 8000 Scoville
  • le piment de Cayenne est à 30 000 – 50 000 Scoville
  • le piment Habanero va de 100 000 à 577 000 Scoville suivant les variétés
  • Le piment recensé comme le plus fort au monde est le Carolina Reaper avec 1 569 300 – 2 200 000 Scoville. Il a détrôné, en 2013, le Trinidad Moruga Scorpion qui est à 1 200 000 – 2 009 231 Scoville.

Pour comparaison, voici les unités Scoville des différents capsaïcinoïdes, ainsi que le % approximatif de leur présence dans Capsicum annuum :

  • la capsaïcine (69%) est à 16 000 000 Scoville
  • la dihydrocapsaïcine (22%) est à 15 000 000 Scoville
  • la nordihydrocapsaïcine (7%) est à 9 100 000 Scoville
  • la homocapsaïcine (1%) est à 8 600 000 Scoville

Aussi, il faut prendre en considération que ces records ont été homologués. Hors faire tester officiellement la puissance d’un piment coûte cher, sans parler de la course effrénée au piment le plus fort où chacun peut croiser différentes variétés pour espérer produire le piment le plus fort au monde. Il va s’en dire qu’il existe probablement des variétés plus forte que le Carolina Reaper, mais pour des raisons financières, elles n’ont pas été testées.

Enfin, Dave DeWitt, « Pope of Peppers » et historien de la nourriture (food historian), n’hésite pas à dire que la force d’un chili est 50% génétique et 50% enivrement (« The pungency in chili peppers is 50 percent genetic and 50 percent environmental. […] Pods that grow lower down on the plant are hotter. Stress on the plants, if water is withheld perhaps, makes them hotter. » Source: Popsci). Ainsi, même avec une méthode reproductible telle que l’HPLC pour mesurer les concentrations des capsaïcinoïdes, il est difficile de déterminer qu’une variété est plus forte qu’une autre.

Source:

Piment, capsicum et sa classification

Le piment, en anglais chilli ou chile ou chili pepper et en caraïbe aji, est le fruit (botaniquement, c’est une baie car le fruit est produit à partir de l’ovaire d’une seule fleur) des plantes du genre Capsicum. Il est originaire d’Amérique du sud et d’Amérique centrale. L’effet piquant du piment est dû aux capsaïcinoïdes qu’il contient. Les capsaïcinoïdes font parties de la famille des alcaloïdes. Ils sont liposolubles et se composent, par ordre de concentration dans le piment :

  • Capsaïcine
  • Dihydrocapsaïcine
  • Nordihydrocapsaïcine
  • Homodihydrocapsaïcine
  • Homocapsaïcine

Ces molécules se fixent sur les récepteurs membranaires vanilloïdes sous-type 1 (TRPV1) présents sur les nocicepteurs (récepteurs spécifiques à la détection d’un stimulus nocif). Les TRPV1 sont aussi activés par les températures chaudes extrêmes (>40°c environ). L’activation du système nociceptif peut induire une perception douloureuse. C’est la raison pour laquelle, le piment a un effet de chaleur, de piquant et même de douleur.

Le piment et le poivron appartiennent au même genre Capsicum. Le poivron est le fruit des plantes de certaines variétés de l’espèce Capsicum annuum, mais contrairement au piment, il ne secrète pas (ou peu) de capsaïcine.

Enfin, le piment fait partie de la clade des angiospermes. Les angiospermes correspondent aux plantes à fleur et ils possèdent un ovaire enveloppant les ovules, qui après une double fécondation sexuée (toute fois, il existe des espèces parthénocarpiques) donnera un fruit. Il existe deux classifications des angiospermes: La classification de Cronquist, la plus ancienne, et la classification APG (Angiosperm Phylogeny Group). Cette dernière prend en compte l’aspect génétique contrairement à celle de Cronquist.

Classification de Cronquist (1981) Classification APG III (2009)
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Clade Angiospermes
Clade Dicotylédones vraies / Eudicotylédones
Clade Noyau des Dicotylédones vraies / Eudicotylédones supérieures
Clade Astéridées
Clade Lamiidées / Euastéridées I
Sous-classe Asteridae
Ordre Solanales Solanales
Famille Solanaceae Solanaceae
Sous-famille Solanoideae
Tribu Capsiceae
Genre  Capsicum Capsicum
Espèce Capsicum annuum
Capsicum baccatum
Capsicum buforum
Capsicum caballeroi
Capsicum campylopodium
Capsicum cardenasii
Capsicum ceratocalyx
Capsicum chacoense
Capsicum chinense
Capsicum coccineum
Capsicum cornutum
Capsicum dimorphum
Capsicum dusenii
Capsicum eshbaughii
Capsicum eximium
Capsicum flexuosum
Capsicum friburgense
Capsicum frutescens*
Capsicum galapagoense
Capsicum geminifolium
Capsicum havanense
Capsicum hookerianum
Capsicum hunzikerianum
Capsicum lanceolatum
Capsicum leptopodum
Capsicum lycianthoides
Capsicum minutiflorum
Capsicum mirabile
Capsicum mositicum
Capsicum parvifolium
Capsicum pereirae
Capsicum pubescens
Capsicum ramosissimum
Capsicum recurvatum
Capsicum rhomboideum
Capsicum schottianum
Capsicum scolnikianum
Capsicum sinense
Capsicum spina-alba
Capsicum tovarii
Capsicum villosum

La liste des espèces, excluant Capsicum frutescens, a été établie à partir du site The plant list.

*Capsicum frutescens est considéré comme un synonyme de Capsicum annuum d’après The Plant List et ITIS (ici et ici), alors que le site Catalogue of Life l’accepte comme espèce. La classification des espèces portent à débat depuis les années 1600, d’autant plus qu’elle était basée uniquement sur des critères morphologiques des fleurs et des fruits (botaniquement, ce sont des baies) et de leurs localisations géographiques. En 1957, Heiser et Smith proposent 5 espèces de piments cultivées à partir d’étude d’hybridation:

  • Capsicum annuum
  • Capsicum baccatum
  • Capsicum chinense
  • Capsicum frutescens
  • Capsicum pubescens

Une récente étude génétique a montré qu’il y a deux groupes monophylétiques distincts : C. ciliatum et un groupe incluant tous les autres Capsicum (cf. figure 4 tirée de cette même publication scientifique). Ce dernier groupe est composé de plusieurs clades : le complexe C. eximium/cardenasii, le complexe C. baccatum/chacoense et le complexe C. annuum/chinensis/frutescens/galapagoense. Toutefois, ce dernier clade est faiblement supporté. C. annuum semble clairement correspondre à un groupe monophylétique et d’après leurs marqueurs moléculaires, C. baccatum et C. frutescens semblent former deux groupes monophylétiques distincts. Une autre étude génétique a montré que C. frutescens et C. chinense sont deux espèces différentes. Enfin, C. pubescens et C. tovarii sont plus problématique à classer d’après les auteurs de la première étude citée.

phylogénétique of capsicum chili pepper species phylogenetic

Dans les futurs articles sur les piments, j’aborderais uniquement les 5 espèces cultivées.

Source :

  • Brian M. Walsh and Sara B. Hoot, A phylogenetic analysis of the species relationships within Capsicum (Solanaceae) using sequences from two DNA non-coding regions : the chloroplast atpB-rbcL intergenic region and introns of the nuclear gene waxy introns, Int. J. Plant Sci. 162(6):1409–1418. 2001.
  • Jit B. Baral and Paul W. Bosland, Unraveling the Species Dilemma in Capsicum frutescens and C. chinense (Solanaceae): A Multiple Evidence Approach Using Morphology, Molecular Analysis, and Sexual Compatibility, J. Amer. Soc. Hort. Sci. 129(6):826–832. 2004.